Après un mois et demi passé au sein de la roadhouse, soit 45 jours sans jamais voir autre chose que le cadre qui nous est proposé – c’est-à-dire pas grand-chose – j’ai eu grandement envie de changer de décor… C’était même devenu un besoin. Seul frein qui n’est pas un détail : nous n’avons pas de voiture. J’ai donc essayé de mettre tous les moyens de mon côté pour m’évader une journée. L’objectif était de découvrir le centre-ville d’Alice Springs, de visiter l’Araluen Museum, de voir des galeries d’art aborigène et accessoirement de faire des courses.

La nuit précédant le périple j’étais tellement excitée à l’idée de « partir en ville » et de voir autre chose que j’ai à peine fermé l’œil de la nuit. C’était comme avant un voyage long-courrier ; lorsque l’on ne dort que d’un œil avec le cerveau qui continue à penser aux choses que l’on va potentiellement oublier… pourtant je ne partais pas pour bien loin mais la perspective du voyage me réjouissait grandement.

Le camion d’Owen

Après validation auprès de divers managers, la solution a finalement été trouvée le jour-j ; rendez-vous à 6h15 avec Owen, un chauffeur poids lourd de 72 ans ! Il fait partie du groupe de travailleurs séjournant à la roadhouse et construisant une pipeline de gaz sur plus de 400 km au milieu de nulle part… Pour entrer dans le camion il faut une certaine souplesse… une fois en haut on se sent les rois du monde ! Nous voilà donc parti sur la Tanami Track. Il fait encore nuit noire quand on démarre. Nous avons assisté au lever de soleil en route. J’avais oublié à quel point l’environnement autour de nous était beau. La route aura aussi servi de piqûre de rappel : l’endroit où nous vivons est vraiment très isolé.

« On the road again! »

Le trajet passe plutôt vite. Les phrases d’Owen sont ponctuées de « bloody » et de « bullshit ». Il trouve la conduite de son camion « very smooth » – on voit qu’il a plaisir à faire son métier malgré les difficultés que présentent la Tanami Track qu’il qualifie de « skinny shit » ! A l’aller on croise seulement trois voitures et un camion en deux heures ! Pour téléphoner il utilise un téléphone satellite qui fait penser aux talkies walkies géants utilisés dans Jurassic Park. Cela me fait rire intérieurement jusqu’à ce qu’il m’informe – une vingtaine de minutes avant d’arriver – qu’il faudra repartir pour 11h30-12h. Je regarde l’heure : 8H45. Je lui avais posé la question avant même de m’aventurer dans son camion mais il n’avait à ce moment-là aucune idée de l’heure de son retour.

Légère déception… je n’ai plus assez de temps pour tout faire. J’ai même le temps de ne plus faire grand-chose. Il me dépose dans le QG des travailleurs (où il doit charger son camion), situé dans une espèce de zone industrielle aussi charmante que celle de Massy-Palaiseau un dimanche après-midi. On me dit d’attendre dans les locaux (pendant plus d’une heure) le temps que le musée ouvre. No Way ! Je demande si en attendant quelqu’un peut m’accompagner chez Wooly (Woolworth de son vrai nom est surnommé Wooly par les australiens et correspond au Monop’ d’ici). Une fois au supermarché, je dis à la personne qui m’y a gentiment accompagnée de m’y laisser la matinée puisque de toutes façons je n’aurai pas le temps de faire autre chose. Cette personne me répond qu’elle a beaucoup de travail et qu’elle revient me chercher dans 30 minutes. Ok… me voilà donc presque en train de courir d’un rayon à un autre ; pressée d’en avoir fini. Trente minutes plus tard je me positionne à l’endroit que la personne m’avait indiqué. Finalement je l’ai attendu 45 minutes sur le parking ! J’aurai eu largement le temps d’explorer les environs et/ou de faire tranquillement mes achats.

Retour dans la zone industrielle. Il me reste une heure. Je décide donc de quitter ces locaux sans intérêts pour marcher dans une direction. Au bout de 10 minutes de marche je m’aperçois que la direction n’est sans doute pas la bonne – on dirait que j’arrive à la limite de la ville ! Comme Jim Carrey qui sort du Truman Show ! Il n’y a pas de transition entre la ville et le vide. C’était le bush direct. Je décide donc de faire machine arrière et en 30 minutes de marche je n’ai vu qu’une succession de bureaux ou d’entreprises installées dans des bâtiments s’apparentant à des préfabriqués… des tâches de sang par terre qui ne m’ont pas rassurées et des perroquets roses sales en guise de pigeons qui erraient. Il y avait aussi une voie ferrée déserte pour parfaire le tout. Le décor était sous un soleil franc mais qui n’a rien enlevé au côté austère et inhospitalier de cette « ville ».

Il était 11h, l’heure de revenir au camion. Le retour s’est bien passé, on a encore bien discuté avec Owen. Pour se repérer sur la route il a sa propre méthode : « A partir de là il nous reste 50 minutes » ; « là » se trouvait l’épave d’une voiture accidentée et brûlée qui semblait avoir été abandonnée là depuis des siècles…

En rentrant à la roadhouse j’ai demandé à une collègue s’il y avait vraiment un centre-ville à Alice Springs. Sa réponse : « oui, en quelque sorte… ». Je lui ai également demandé si ce centre-ville était beau – parce que j’avais des doutes… réponse, « yes prettyish » ou « oui en quelque sorte ». La visite sera sans doute pour une prochaine fois « I got stamina! » 😉

Épuisée par une nuit trop courte et un trajet de 4 h 30 pour finalement juste revenir avec des courses que j’aurais pu commander en ligne je me rends compte qu’en plus je n’ai toujours pas vu de kangourous !

Bref, je suis allée à Alice Springs…

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