Impressions de voyage

Je viens de voyager 10 jours en Guadeloupe. Mes racines se trouvent en partie là-bas ; mon père étant de la ville de Saint-Claude, située dans les hauteurs, face à la Soufrière. Egalement surnommée « la vieille dame » par les guadeloupéens, la Soufrière est un volcan qui aurait 100 à 200 000 ans ; il est à l’origine de la naissance de cette terre lointaine.

Initialement appelée par les indiens Caraïbes « Caloucarea », Karukera « l’île aux belles eaux », en référence à ses nombreuses sources d’eau douce, la Guadeloupe porte son nom actuel depuis la « découverte » de Christophe Colomb. Ce nouveau nom fait référence au monastère de Santa Maria de Guadalupe en Espagne… Je trouve Karukera bien plus poétique.

Explorer cette île est un véritable voyage sensoriel.

Le plaisir olfactif débute dès la sortie de l’avion : odeur de la végétation humide, senteurs de plantes et de fleurs tropicales (dont les effluves sont démultipliées en fin de journée), parfums épicés, marins, cuisine créole… dommage qu’on ne puisse pas l’emporter avec soi.

Le dépaysement est aussi sonore. Un bruit de fond permanent à la nuit tombée donne l’impression d’une musique d’ambiance à laquelle les insectes nocturnes semblent tous vouloir participer.

Bien évidemment, le voyage est aussi gustatif. Pas de voyage en Guadeloupe sans goûter aux saveurs locales… Accras, boudin, sorbet coco fraîchement préparé et à déguster devant un panorama – bien choisi – pour accroître son effet bien-être… poulet au curry, chiquetaille de morue, langouste… Ti punch… « pas plus que ça ! » comme dit ma grand-mère.

Pour ce qui est de la vision, le décor suscite l’émerveillement. La nature y est sauvage et la végétation luxuriante : C’est la jungle !

En Basse Terre, certains arbres portent des lianes, d’autres ont des feuilles géantes. Des fleurs aux couleurs vives poussent librement… Les orchidées sauvages sont monnaie courante tout comme les fougères arborescentes ! De nombreuses plantes sont d’ailleurs médicinales (propriétés anti-oxydantes, sources de magnésium, à utiliser en cas de maladies diverses et variées) d’autres sont aromatiques (cannelle, curcuma, vanille, muscade…).

Pour en apprécier toute la diversité, je vous conseille de visiter un des jardins botaniques de l’île. J’en ai visité deux à Basse Terre : celui de Deshaies (ancienne propriété de Coluche) et celui de Cantamerle, très différent, moins connu, plus petit, mais intéressant car c’est la propriétaire elle-même qui propose des visites guidées individuelles. Ces visites sont l’occasion de prendre conscience de la richesse du patrimoine naturel insulaire. On y apprend que la plupart des espèces ont été importées et sont liées aux différentes migrations que la Guadeloupe a connues (graines apportées par des populations indiennes et africaines notamment).

Lors de ces visites vous aurez l’occasion de voir que certaines des plantes que nous avons en pot « en métropole » existent là-bas en taille XXL. J’ai été choqué en voyant la taille normale d’un ficus là-bas… On offre une existence étriquée à nos plantes.

Ce voyage permet de voir que la végétation peut prendre une toute autre dimension.

Ficus – Jardin botanique de Deshaies

Le voyage, en synthèse :

  • Température moyenne pendant le séjour (fin septembre) : 31 degrés.
  • Taux d’humidité (fin septembre) : 70 à 90% !
  • Sensation : Celle d’un hammam (nuit et jour). En allant dehors, en sortant d’un magasin climatisé, j’ai eu de la buée sur mes lunettes… L’avantage est que la Guadeloupe offre de nombreux sites (accessibles gratuitement) où l’on peut se baigner dans des eaux naturellement chaudes (dû à l’activité du volcan) ou très froides, et même faire des bains de boue (plage de Babin en Grande Terre)… un spa permanent.
  • Saison : Cyclonique – autrement dit, la période qu’on est censé éviter… Il y a un « léger risque »…
    D‘ailleurs lors du vol, à l’aller, le ciel est resté dégagé jusqu’à ce que l’on atteigne les premières terres. Là, d’énormes nuages, tout en épaisseur, nous attendaient… Ils étaient comme des barbes à papa géantes, plus ou moins blanches, en suspend.

J’ai ensuite eu droit à des pluies torrentielles (vraiment) pendant environ une heure, sur la route entre l’aéroport et mon point d’arrivée (Baillif). Le déluge était tel que les essuies glaces de mon faux SUV peinaient à suivre la cadence (lors de votre location évitez la marque Dacia– car la voiture ressemble à un 4×4 mais grimpe moins bien qu’une Super 5). En voyant les seaux d’eau en guise de bienvenue, j’ai redouté le déroulement du séjour. 

Finalement, après un coup de tonnerre puissant la nuit qui a suivi (il s’est apparenté à une déflagration juste au-dessus de la maison), le séjour s’est avéré être plutôt idéal car j’ai pu visiter de nombreux sites en toute tranquillité et il a fait beau tout le reste du temps. J’y reviendrai, mais j’ai notamment parcouru et longuement admiré la Pointe des Châteaux, en Grande Terre, seule, à ma grande surprise.

#freedom @Pointedeschateaux
Carnaval, Basse Terre, 2016

La saison à privilégier est entre février et avril, c’est la saison sèche.

C’est aussi la période du carnaval, un événement à vivre (juste) une fois, pour l’ambiance. Je l’ai vécu en 2016. Je ne suis pas hyper fan du côté répétitif de la musique… le « pilipipi, wé ! » entendu des centaines de fois en une soirée à tendance à me lasser vite.

Mais… quand j’étais en Australie, je me demandais ce qui pouvait égaler l’excitation des australiens face à un feu d’artifice et en retournant en Guadeloupe j’ai trouvé ! Les guadeloupéens pendant le carnaval ! Cet événement les transcende. Ils le préparent des mois à l’avance.

Ma tante est déjà en train de s’entraîner pour le mois de mars ! Nous sommes allées chercher un coquillage spécial : conque à lambi pour qu’elle s’entraîne à jouer de cet instrument très particulier.

#conquealambi

En effet, il s’agit à présent d’un instrument de musique – mais c’est aussi un coquillage très bon à déguster ! La coquille du lambi était utilisée auparavant par les nègres marrons (fuyant l’esclavage) pour communiquer entre eux. Le son est tel  qu’on peut l’entendre de loin. Il a ensuite longtemps été utilisé lors de rites funéraires pour annoncer un décès à la campagne, puis pour orner des tombes.

Nous avons fait plus d’une heure de route pour aller le chercher à Pointe-à-Pitre. Une fois sur place, il a fallu se renseigner auprès de commerçants qui indiquaient : « un homme dans la baie », « torse nu », « Darius », « au niveau du port ». On aurait dit un ancien épisode de « la carte au trésor ». Sauf qu’on n’avait malheureusement pas d’hélico pour prendre notre envol une fois la course terminée… Les vendeuses du marché montraient du doigt la direction.

Nous avons fini par trouver Darius qui n’étaient d’ailleurs pas torse nu. Il disposait d’une petite table sur laquelle plusieurs gros coquillages étaient présentés.

Ce musicien transforme ces gros coquillages en instrument. Il en a pris un et a soufflé dedans ; le son était incroyablement fort et surprenant par rapport à la taille du coquillage ! Cela avait l’air facile. Il m’a proposé d’essayer et le son est également sorti assez fort mais sans l’âme que Darius arrivait à transmettre. C’est tout un art pour savoir le maîtriser. J’ai demandé à Darius si je pouvais l’enregistrer.

Voici le son qu’il vous propose :

Ce moment était fort. Le son particulier qu’offre ce coquillage, sa résonance et sa signification n’étaient pas anodines. J’espère que ma tante saura transmettre avec justesse toutes les valeurs qu’il incarne.

  • Langue : le français et le créolenon, je ne le parle pas et je ne le comprends malheureusement pas… Cela a tendance à exclure lors de conversation. J’ai physiquement l’enveloppe qui fait locale mais si on me parle en créole, l’interlocuteur comprend vite la supercherie… Par contre j’ai pensé une fois en créole en fin de séjour, en croquant une première bouchée dans une baguette et en pensant intérieurement « Y bon ! » Cela doit s’apprendre assez vite…
    Comme pour tous les territoires français, ils possèdent leurs propres expressions, souvent très imagées… et leur accent arrondit les « r » qui se transforment en « w » un peu comme en anglais.
  • Mentalités : Insulaire… et tout ce que cela induit. En vivant sur une île en plein océan, apparemment on se sent plus concerné par ce qui se passe chez son voisin direct que par ce qui se passe globalement dans « le reste du monde ». C’est assez réducteur, mais c’est une réalité.
  • Faune : Bonne nouvelle ! ici pas de bestioles mortelles, pas de serpents ni d’araignées géantes… de requins ou de crocodiles… vous pouvez vous baigner sereinement. Vous risquez juste de voir une tortue, un dauphin voire une baleine à l’horizon en fonction de la saison ! Seuls insectes gênants constatés : les moustiques (spray quotidien indispensable), et les ravets (sorte de gros cafards – parents proches de ceux utilisés dans Fort Boyard – ayant la particularité de courir vite, voler et de se présenter en début de soirée…
Jardin botanique de Deshaies
  • Rythme : Pas de précipitation… Il est surprenant de voir que les gens vivent en décalé. A 6h du matin il y a déjà une circulation importante sur les routes. A 7h l’école commence… Le jour se lève à 6h environ et se couche un peu avant 18h toute l’année ! Dans la ville de Basse-Terre, les magasins ferment à 17h30 ! J’ai demandé si dans ce cas tout ouvrait plus tôt, mais non, même pas… En revanche, les supermarchés restent ouverts jusqu’à 20h environ. Pour le reste, c’est un peu comme en Corse, il faut parfois accepter de prendre son mal en patience.
  • Budget :

Billet d’avion : J’ai pris mon vol une semaine avant le départ… pour 350 euros A/R avec Air Caraïbes ! Sans doute parce que c’est vraiment la basse saison. Cette compagnie aérienne est très satisfaisante. La qualité du service, de l’accueil, et de l’appareil sont irréprochables. On nous a même proposé pour l’apéro un ti punch ou un planteur… via un menu indiqué sur l’écran tactile… ça c’est le progrès ! 😉

Au retour, une hôtesse a fait de la promo pour l’avion : « Bienvenu à bord de notre nouvel Airbus A350-900, ses sièges ergonomiques, sa cabine plus silencieuse, ses hublots panoramiques vous offrent un confort inégalé »… on aurait dit la pub pour la Renault Safrane dans La Cité de la Peur… On a tous regardé successivement les endroits mentionnés… mais honnêtement je n’ai pas vu de vraie différence… (contrairement à l’A380 où cela est très visible).

Le commandant de bord nous a précisé la consommation pour le trajet : 55 000 litres ! C’était censé être une bonne nouvelle ; ce nouvel airbus étant aussi plus écolo grâce à sa « conception innovante et l’utilisation de matériaux avancés » ! On peut se demander ce qu’il en est avec les anciens modèles… apparemment la consommation de CO2 serait réduite de 25%.

Location de voiture : 9 euros par jour ou 20 avec l’assurance complète (Rentacar). Pour l’essence, pas de concurrence, toutes les stations proposent du carburant au même prix ! et informent à la télévision du prix du lendemain… (1.49/L SP95 en octobre 2019).

Hébergement : L’offre en hébergement est importante notamment via des plateformes dites « collaboratives » de type Airbnb… j’ai loué un appartement en Grande Terre, à Saint François pour 30 euros par nuit. L’hôte était très accueillant, l’appartement bien placé, propre, climatisé, avec une belle terrasse offrant une vue sur la ville et la mer… (Il s’agissait d’un logement proposé par Alain, T2 au bourg de Saint François)

Activités : Je reviendrai dans un prochain article sur les nombreuses activités qui s’offrent à nous.

Kayak dans la mangrove, @grandculdesacmarin #unesco

Sur cette île où le temps passe différemment, et où le passé reste fortement présent, il est plutôt facile de trouver son rythme. Tout ne peut pas être vu ni vécu en 10 ou 15 jours, et tant mieux ! Il existe cependant une solution : accepter sur place de prendre tout le temps nécessaire pour réaliser la chance que l’on a « d’être ici » puis… y retourner.

Allée royale – Capesterre-Belle-Eau

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