Pour les soixante ans de maman nous avons souhaité réaliser son rêve : aller à Lifou.

Cette île de la Nouvelle-Calédonie appartient aux îles Loyautés. Elle fait la taille de la Martinique et est accessible depuis Nouméa en bateau ou en avion. Nous avons choisi l’option avion. Le vol dure 40 minutes et permet de se prendre pour Yann Arthus Bertrand – « La Terre vu du ciel » avec l’île en forme de cœur, c’est ici ! L’avion est à hélices… à bord le personnel a diffusé un message inédit : « Si vous observez un appareil défaillant, ou une fumée se dégager merci de nous en faire part immédiatement » ! Très rassurant. Le vol s’est très bien passé mais au décollage comme à l’atterrissage j’ai eu l’impression d’être dans une attraction. Ça faisait très longtemps que je n’avais pas senti une telle puissance dans le freinage ; tout le monde s’appuyait bras tendu sur le siège de devant.

Nous voilà à Lifou. Il est 13h40. Température extérieure : 31 degrés (le 5 décembre). La livraison des bagages s’effectue sur un comptoir où chacun récupère sa valise.  Un point information permet de récupérer une carte – LA carte « touristique » de Lifou. Aucune brochure n’est à disposition, uniquement cette carte (très schématique et ne reprenant pas toutes les routes). Nous récupérons ensuite notre voiture de location. J’avais réservé une C3 via Javos Location et on s’est retrouvées avec un Kangoo – soit disant une bonne affaire. Je vous conseille de ne pas passer par eux. La voiture était pourrie ; dehors comme dedans. Au moment de l’état des lieux, la personne de l’agence commence à faire le tour de la voiture et dit « ben ya des rayures partout quoi ! » En effet, c’était un bon résumé. Elle a ajouté qu’il ne fallait pas tenir compte des messages qui s’affichent sur le tableau de bord ou des éventuels « bip bip ». Nous avons ainsi roulé avec un « risque de colmatage » pendant quatre jours. Le tableau de bord restait illuminé de messages d’alertes en permanence.

Malgré l’état de la voiture, nous étions contentes de nous savoir à l’autre bout du monde, en plein océan pacifique et libre d’aller où nous voulions. L’aventure commençait ! J’ai ressenti à ce moment-là un profond sentiment de soulagement et de satisfaction. Nous étions enfin à l’endroit dont on avait toujours entendu parler et dont rêvait notre maman !

Agathe était de nouveau notre pilote. Nous souhaitions tout d’abord déposer nos bagages dans notre hébergement. Il existe seulement deux hôtels à Lifou. Nous avons choisi une option plus insolite : dormir en paillotte dans une tribu (une nuit à l’hôtel pour trois coute le prix du séjour pour 4 nuits en tribu). Rejoindre une destination à Lifou relève du jeu de piste ! Il n’y a pas de panneaux ! Des ronds-points sans direction… évidemment nous nous sommes trompées de route. Pour s’orienter il faut demander conseil aux habitants le long de la route. Ils peuvent s’avérer d’une grande aide…
Nous : « Bonjour, pouvez-vous nous indiquer où se trouve le Cœur de Lito s’il vous plait ? »
(Le cœur de Lito étant le nom de notre tribu). Réponse : « Ben vous suivez la route noire tout droit jusqu’à Lito quoi ! ». (La route noire signifiant route goudronnée).

A 16h nous arrivons « Au Cœur de Lito ». Une tribu située à deux minutes de la plage sur la côte ouest de Lifou. Nous rencontrons un boulanger qui y travaille. Il est accueillant mais parle (français) avec un accent tellement fort que seule Agathe comprend. Il dit quelque chose en riant et Agathe nous traduit qu’apparemment il y a eu à 15H un tremblement de terre et qu’il faut espérer qu’il n’y ait pas un tsunami. J’ai cru que c’était une blague, d’autant que le monsieur propose tout de suite à maman de poursuivre ce qu’il faisait : sortir la fournée de pains. On prend des photos, on déguste du pain, on le remercie… La fille du boulanger nous mène à notre paillotte. A l’intérieur : un lit double et deux lits simple. Tout est en bois et en paille. Il y a l’életricité et deux petites fenêtres. C’est basique, mais mignon.

Nous étions mal garées et maman demande à Agathe de déplacer la voiture. La radio était allumée et elles entendent : « Un tremblement de terre a eu lieu à environ 150 kilomètres de Maé, à 10 kilomètres de profondeur. En raison d’un risque de tsunami, tous les habitants doivent s’éloigner de la côte et rejoindre les hauteurs. Ceci n’est pas un exercice. Je répète, ceci n’est pas un exercice. »

Maman vient m’annoncer la nouvelle. Sur le coup j’ai cru que c’était une blague. Je me suis sentie super lourde. On a rapidement repris tous les bagages que nous venions de sortir de la voiture et avons prévenu le boulanger qu’il fallait partir. Il n’avait pas l’air stressé du tout. Le pain semblait être la priorité absolue – complètement inconscient… et maman a eu la bonne idée de demander où il fallait aller. Agathe a été un vrai pilote et a cherché sans panique le lieu en question. Je regardais l’horizon avec méfiance et j’avais peur que notre route descende ou qu’on ne fasse que traverser l’île et qu’on se retrouve de nouveau face à l’océan. Nous avons croisé plusieurs voitures et toutes allaient dans l’autre sens. On a fini par les suivre et par trouver le lieu de repli.

Le lieu en question était un abri. Dessous, pleins de femmes et d’enfants. Elles exposaient leurs produits au marché quand l’alerte s’est déclenchée. Elles étaient toutes à même le sol avec leurs cives, patates douces… à jouer au bingo ! C’était irréel comme situation mais rassurant. Tout le monde semblait prendre l’événement avec philosophie. Il n’y avait aucun stress. Plusieurs femmes sont venues discuter avec nous. Nous avons ainsi appris que cela arrivait régulièrement. Nous guettions en parallèle les nouvelles à la radio. France Info nous a d’abord parlé des gilets jaunes et de l’Arc de Triomphe avant d’en venir à la situation en Nouvelle-Calédonie. C’était ahurissant de devoir d’abord entendre les nouvelles de l’autre bout du monde avant de savoir ce qu’il en était ici. Finalement l’alerte a été levée à 18h30 ; nous avons attendu 2h30.

Le soir, nous avons gouté au « bougna ». Ce plat traditionnel calédonien a pour caractéristique d’être enveloppé dans des feuilles de bananiers et cuit dans la terre. Je n’ai pas trouvé ce plat particulièrement savoureux…

Maman a baptisé ce jour : « une journée particulière ». C’est le moins que l’on puisse dire.

Lifou #nofilter

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