Comme un parfum de liberté…

Pour mes deux premiers jours de congés consécutifs une collègue m’a offert la liberté en me prêtant sa voiture – chose qu’inversement je ne ferais pas avec tout le monde, et surtout pas avec quelqu’un qui a pour habitude de conduire à droite…. En me confiant ses clés elle m’a précisé qu’il y avait dans le coffre un cubi de dix litres d’eau « au cas où »…

Agathe n’étant pas off en même temps que moi, c’est seule que je pars sur la fameuse Tanami Track. Bout à bout cette route fait 1 053 km et sert de raccourci entre le centre de l’Australie et le Kimberley. 20% est bitumé le reste relève plus de la piste. En ce moment c’est l’hiver (29 degrés) soit la saison idéale pour l’emprunter. L’été est considéré comme la saison humide (45 degrés) et la route est parfois inondée et inaccessible.

Tailler la zone

L’excitation avant de partir est au niveau maximal. J’ai hâte d’enfin découvrir la ville d’Alice Springs tout en redoutant le trajet pour y accéder (il doit durer environ deux heures). Le volant est à droite, le levier de vitesse à gauche et je me répète intérieurement de « tenir la gauche »…

La route est étroite et je croise de nombreux camions et des voitures type 4×4 conduisant comme sur une autoroute. Les bas-côtés sont plus ou moins bien entretenus et relèvent parfois du trottoir. Cela n’est pas un détail car il faut régulièrement braquer sur le côté quand un autre véhicule arrive. Les camions sont prioritaires. Ils portent parfois le nom de « road train » – car ils peuvent avoir jusqu’à trois remorques ! Pour eux, hors de question de se mettre sur le côté… Quand j’ai croisé le premier camion de ce type je me suis arrêtée sur le côté, la voiture a été secouée par la vitesse du poid-lourd, et je suis restée quelques secondes stupéfaite, avec des yeux ébahis… Il avait en plus laissé dans son sillage un nuage de poussière réduisant considérablement la visibilité – si deux véhicules se suivent il est difficile de voir le second…

La voie est parfois tellement droite qu’elle semble former un triangle et en fonction de la lumière des mirages se forment. Quand une voiture apparaît au loin il n’est pas toujours évident d’évaluer la distance.

Les panneaux sont une succession de « Floodway » (risque que la zone soit inondée en fonction de la saison), et de « grid » (grille très costaud au sol pour les troupeaux et qui accessoirement n’arrangent pas les pneus).

J’avais prévenu en partant de la roadhouse que j’allais prendre mon temps. Il m’aura fallu 2H30 pour faire 166 kilomètres… en m’arrêtant à chaque voiture que je croisais j’ai dû battre des records de lenteur. Je vous raconterez dans un prochain article comment s’est passé mon séjour à Alice Springs.

Le moment du retour – Time to go back « home » !

Le retour fut plus agréable. J’étais confiante et heureuse des moments que je venais de passer. Reconnaissante aussi d’avoir pu vivre cette parenthèse dorée.

La seule contrainte en repartant était d’arriver avant le coucher du soleil. A la tombée de la nuit, les animaux sortent et tout devient plus dangereux. En arrivant en Australie je tenais absolument à voir un kangourou – chose qui s’est d’ailleurs enfin produite à Alice Springs !

« A camel is better than a motor car – it doesn’t get a puncture. » Proverbe aborigène, début des années 1970.

Mais une fois au volant j’espérais que ce ne soit surtout pas sur la route que la première rencontre se fasse… J’aurais également pu croiser des chameaux sauvages ! Ils ont été importés d’Afghanistan entre les années 1870 et 1920. Les pauvres bêtes étaient apparemment faites pour les conditions extrêmes du désert australien. Ils transportaient alors des marchandises sur des distances incroyables. A présent ils sont utilisés pour le tourisme – il est possible de faire des balades à dos de chameaux dans le bush. A l’état sauvage, ils sont considérés comme des nuisibles qui détruisent tout sur leur passage. C’est un peu la spécialité d’ici ; les australiens semblent se soucier des conséquences de leurs actes une fois que le mal est fait. Leur solution est généralement de supprimer à leur tour l’espèce en question…

Finalement en route j’ai juste croisé des rapaces taille XXL et des vaches ! Dont une qui devait plutôt être un taureau ; je venais de m’arrêter pour prendre une photo du coucher de soleil et j’ai entendu un grognement et des bruits de pas tout prêt dans la pénombre… je n’ai pas fait la maligne ; demi-tour direct dans la voiture ! En route j’ai également vu de nombreuses termitières et une sorte de nid qui m’a donné la chair de poule. Au premier abord il avait l’air d’avoir été fait avec amour et en m’approchant j’ai vu qu’il y avait une galerie souterraine sans fond… je me suis cru dans « Stranger things » en rentrant j’ai demandé à mon manager s’il savait ce que c’était. Il a fait des recherches et c’est en fait le travail de « Mula Ants ».

Nid de « Mula Ants »/fourmis Mula

C’était un nid de fourmis Mula (image ci-contre) ; sur le coup ça rassure. Mais en fait je suis contente de ne pas en avoir croisé une car elles ont la particularité d’avoir un arrière-train énorme couleur ambré et plein de miel ! C’est apparemment une douceur sucrée d’ici ! En entendant cela, ça me donne envie de prendre un aller simple pour Paris et de déguster un macaron – une douceur sucrée de chez-nous…

Le paysage aura été complètement différent dans le sens du retour. Pour parfaire le décor les nuages étaient au rendez-vous – ce qui est très rare ici ! Le ciel semble par défaut être invariablement d’un bleu profond. Quand il y a des nuages c’est donc un plaisir. Peu de temps avant de couper le moteur à Tilmouth Well Roadhouse, j’ai eu la chance d’assister au coucher de soleil depuis la Tanami Track. C’était comme la cerise sur le gâteau.

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