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Bref, j’ai passé mon CAP pâtissier en candidat libre

Retour sur une aventure intense, dont le premier chapitre vient de s’achever. D’une passion à une décision. D’un rêve, à une réalité. L’histoire d’un hybride* qui se rêvait “Dame Tartine”.

*Hybride est le terme qu’avait utilisé une prof pour me qualifier en M2 ; pour dire que j’étais académiquement un mélange un peu inhabituel… c’est d’autant plus vrai aujourd’hui ^^.

Le déclic

Un jour, je me suis demandée (comme sans doute beaucoup de personnes) ce que je ferais si je gagnais au loto… Je me suis dit que j’intégrerais une super école type Le Cordon Bleu (22 800 euros les 9 mois) et passerais mon CAP Pâtissier. Puis, j’ouvrirais un salon de thé. En imaginant cela, j’ai soudain réalisé qu’il n’était pas forcément nécessaire de devenir millionnaire pour réaliser ce rêve… notamment en passant le diplôme en candidat libre, c’est à dire : en apprenant de chez soi.

Parfum d’enfance : le gâteau au yaourt

Cette passion n’est pas nouvelle. Depuis toute petite, le dimanche matin j’aimais me réveiller plus tôt que ma famille, pour discrètement faire un gâteau (au yaourt). J’avais un vrai sentiment de satisfaction lorsque tout le monde se réveillait après la cuisson du gâteau et qu’il ne restait plus qu’à le déguster. Dans mes souvenirs, je n’étais d’ailleurs pas toujours assez rapide. Déjà doté d’une tendance légèrement “tyrannique”… j’en voulais à mes parents s’ils ne jouaient pas le jeu d’attendre que tout soit prêt pour sortir de leur lit. C’est le parfum de l’enfance et du dimanche matin.

“Et toi, qu’est-ce que tu veux faire plus tard ?”

L’orientation a ensuite été un long questionnement. J’ai longtemps hésité à m’orienter dans une filière professionnelle. Attirée au départ par la cuisine, c’est finalement la pâtisserie qui m’a séduite. Enfin… j’ai d’abord fait 5 ans d’études (… et tant mieux ! Je n’aurais sans doute jamais cru en être capable !), tout en me demandant chaque année (voire chaque semestre…) si le moment n’était pas venu de changer de cap

Les portes ouvertes des lycées professionnels parisiens n’ont plus de secret pour moi. A cette occasion, j’enviais fortement les élèves qui s’activaient dans les labos pendant les visites. Ils restaient imperturbables alors que nous envahissions, tels des parasites, leur espace de travail.

Après plusieurs expériences professionnelles enrichissantes (dans le secteur du tourisme) mais qui ne me correspondaient pas : trop de stress, overdose de power point, indigestion de confcalls inutiles, nombreuses présentations orales improvisées, gros manque d’intérêt… et après mûre réflexion, j’ai finalement décidé fin 2019 que le moment était venu pour moi de me lancer et de mettre un terme à tous ces « bullshit jobs ».

C’était juste avant la réelle prise de conscience générale du chamboulement qu’allait apporter l’arrivée du COVID19 dans nos vies. Vu son impact sur le secteur touristique, le timing s’est révélé assez judicieux…

Un apprentissage de la pâtisserie à distance

En février 2020, j’ai fait le tour des différentes écoles en ligne proposant des cours de pâtisserie à distance. Soyons honnête, ce n’est pas vraiment l’idéal pour apprendre un métier manuel. Cependant, c’est financièrement bien plus économique et cela reste adapté pour quelqu’un qui a un minimum de base en pâtisserie. Je ne l’aurais pas fait pour un CAP menuisier… ^^

Youschool : une école à distance 2.0

Mon choix s’est porté sur Youschool et je ne le regrette pas. Le concept : l’élève est suivi par un coach, qui lui propose un planning jusqu’à l’examen. La mienne, Laure, était au top. Elle a même pensé à m’appeler la veille de l’examen et a toujours su trouver les mots justes.

Les cours sont organisés par niveaux progressifs qu’il faut valider pour passer aux suivants.

À chaque réalisation, il faut poster les photos des étapes, expliquer la méthode utilisée, s’autocritiquer et éventuellement partager les difficultés rencontrées. Nous sommes également invités à poser toutes les questions que l’on souhaite. Des chefs répondent rapidement aux publications, critiquent et encouragent.

Un réseau bienveillant

La plateforme prend quasiment la forme d’un réseau social où chacun peut commenter, conseiller, liker, suivre… c’est très interactif et bienveillant. C’est finalement assez tardivement que le côté « collectif » s’est révélé important pour moi. Lorsqu’il a fallu enchainer les CAP blancs pour accélérer la cadence. Il était alors essentiel de voir que nous étions tous « dans la même galère »…

Le planning est assez ample et riche. À chacun ensuite de le respecter. Les cours de pratique prennent la forme de vidéos qui se focalisent sur les gestes exécutés par des chefs. Elles sont accompagnées d’une voix off expliquant la marche à suivre. De précieux conseils sont également partagés.

S’équiper comme une pro

Il est possible de trouver beaucoup de matériel sur le site du Bon Coin. J’ai ainsi acheté ma mallette, des livres, des tenues, mais aussi pleins de cercles d’occasion auprès de particuliers. Pour le reste, on trouve tout dans le quartier des Halles à Paris : le bonheur !

La mallette prête pour le CAP, j’avais tout identifié avec du chatterton pour reconnaître et différencier mes ustensiles de ceux des autres candidats

Investir dans un bon robot pâtissier

Pour le robot, j’ai fini par investir lors des soldes d’hiver dans un Kitchen Aid Artisan made in Michigan ! Je l’ai trouvé (enfin… Benoit l’a trouvé) chez « Du Bruit dans la Cuisine » avec 20% de remise, alors que ces robots sont rarement en promotion. Son financement s’est intégralement fait grâce à la vente de gâteaux.

Le coup de foudre avec “Teddy”

Le coup de foudre a été immédiat et nous l’avons embarqué direct. Il pleuvait ce jour-là et nous étions à pieds mais j’étais fière de tenir son gros carton à bras de corps (alors qu’il pèse une tonne !) et Benoit avait pour mission de le protéger de la pluie avec un parapluie. Nous étions tous les deux trempés mais le robot était au sec !

Il a ensuite été mon précieux compagnon de route. Ce robot est incroyable… d’une très grande aide.

Homemade meringue

Le CAP Pâtissier : un diplôme réformé – j’ai joué les cobayes

Désormais, depuis 2021, parmi les nouveautés, deux stages de 7 semaines consécutives sont obligatoires – ce qui est bien plus contraignant pour les personnes qui travaillent en parallèle. On a aussi de nouvelles recettes à savoir, notamment les “gâteaux de voyage” type cake, ou encore des recettes salées (quiches, roulés apéritif) mais aussi des entremets au format individuel. Avant, l’examen s’effectuait sur une journée ; désormais il se déroule sur deux jours. J’ai donc fait partie des premiers candidats à passer le CAP en version réformée. Il n’y avait pas de vraies annales !

Concernant les recettes, je ne sais pas ce qu’il en était auparavant, mais désormais il faut apporter son propre carnet de recettes. Celui-ci est vérifié par le jury. Il ne doit contenir que les quantités d’ingrédients nécessaires. C’est au candidat de connaître les étapes, les temps de cuissons, les températures de cuisson, temps de repos… On nous indique par exemple de faire des croissants avec une base de 500g de farine et en fonction de notre recette il faut recalculer et ajuster nos quantités à celles demandées.

2 x 7 semaines de stage obligatoire… et non rémunérées

Pour les stages, j’étais initialement prise pour travailler au Meurice, au tea time – avec l’équipe de Cédric Grolet (élu meilleur pâtissier du monde en 2018). Le rêve… Mais le stage a été annulé à cause du confinement. La solution alternative s’est finalement révélée très intéressante. J’ai travaillé chez Stohrer, rue Montorgueil, pendant 7 semaines. Il s’agit de la plus ancienne pâtisserie de Paris (elle a été fondée en 1730). Le chef était alors Jeffrey Cagnes. Un chef talentueux et bienveillant. L’équipe était jeune et avec un bel esprit. Tout est fait maison et confectionné avec des ingrédients de qualité. Les pâtisseries sont très soignées. J’y ai appris pleins de choses, on m’a vraiment laissé toucher à toutes les étapes de fabrication.

I LOVE NORMANDY

En cours de route il y a aussi eu le confinement. La première allocution d’E. Macron a été synonyme « d’opération Commando ». Au bout du troisième “nous sommes en guerre” (ultra flippant) la décision était prise : Direction la Normandie ! Avec ma mère, nous avons fait des sacs en express. Les ustensiles, robots, moules et ingrédients étaient du voyage… Là-bas, j’ai intensifié mes entrainements. La cuisine et l’environnement étaient alors parfait pour progresser et m’entrainer sereinement. C’était aussi l’occasion de faire de jolies photos car le cadre ressemble par endroit à celui d’une brocante…

Travailler et pâtisser : c’est possible

Ensuite, j’ai pu travailler en parallèle (à la SNCF) pendant sept mois. Là encore, le job était idéal car j’ai eu le temps d’apprendre la théorie (dont le contenu est très riche ! Des spécificités des matières premières, à l’hygiène en passant par des cours de gestion ou de prévention…) et de pratiquer intensément grâce au rythme décalé. Et pour l’anecdote, j’ai fait partie de l’équipe qui fait les annonces sonores depuis la gare de Versailles Chantiers ! « Madame, Monsieur, votre attention s’il vous plaît… » Improbable non ?!

Dernière ligne droite

Les deux derniers mois, j’ai enchainé de façon intensive les examens blancs. Je me suis fait un planning très chargé – pour gagner en rapidité et en technicité – et je l’ai respecté ! C’était au départ épuisant. Il me fallait deux jours pour récupérer physiquement de l’épreuve ! J’arrivais à être en stress tout en étant pourtant chez moi… mais en tenue professionnelle complète, avec une zone de pesée des ingrédients, une zone pour les ustensiles, pas de musique, pas de pause… rien !

Moment de solitude lors d’un entrainement type CAP blanc… il ne restait plus qu’à napper cette tarte aux pommes.

Les conditions chez soi n’étant pas celles d’un laboratoire professionnel, tout prend plus de temps. Heureusement, ma famille, mes amis et des amis d’amis m’ont fortement soutenu dans ce projet.

Un des CAP blancs réalisé chez moi comme entraînement

Pratiquer est une chose, mais ensuite il faut pouvoir consommer et beaucoup de personnes ont répondu à l’appel… un grand MERCI à tous ! 🙂

Le Jour-J

Mon équipement pour passer le CAP (et il manque le sac avec la tenue professionnelle…) Un quasi déménagement !

J’ai passé mes examens pratiques les 16 et 17 juin 2021 dans un lycée professionnel des Hauts-de-Seine. (Se trouvant au niveau d’un carrefour baptisé « carrefour des fainéants » ! Qui a osé ?!…) L’établissement avait bénéficié récemment d’une restauration et le labo était moderne, bien équipé et lumineux. Il arrive que certains candidats doivent partager un robot pour deux, ou un frigo. Or, j’avais ici mon propre robot et mon propre frigo.

Les candidats

Nous étions six (il y avait deux absents). Une autre personne était dans la même école que moi, en candidat libre. Trois sortaient d’un même centre de formation pour adulte en reconversion et un apprenti sortait clairement du lot… et s’est retrouvé à côté de moi… Pendant l’épreuve, il semblait prendre son temps et tout gérer comme un pro en mode « easy ». J’étais à la fois déconcertée et admirative de son travail.

Le jury était composé de 4-5 personnes attentives à tous nos faits et gestes… ils ne se sont pas présentés. Cela aurait été intéressant de connaître leurs parcours.

Les sujets des épreuves pratiques

Il a fait 35 degrés ce jour-là à Paris, sans compter la chaleur des fours… L’épreuve débutait à 7h (la nuit qui a précédé fut courte et très pénible) avec une partie écrite assez riche, puis 4h50 de pratique et 10 minutes d’oral. Soit 5H50 en tout.

Au programme pour la pratique : 16 croissants, une quiche lorraine, 8 tartelettes au citron et 20 cookies. Un sujet plutôt faisable de prime abord. Pas de grande surprise – heureusement ! Avec la réforme, certains ont découvert de nouvelles recettes le jour de leur examen !

Le deuxième jour j’ai dû faire un fraisier, 12 religieuses garnies d’une crème diplomate à la framboise et des chouquettes. Idem : tout était au programme.

Retour sur le premier jour

Nous avons d’abord rapidement enfilé notre tenue de combat dans des vestiaires. Puis, nous nous sommes tous installés dans une salle de classe classique, sauf que nous étions tous déjà en tenue professionnelle. Les examinateurs – qui étaient finalement notre jury – nous ont distribué le sujet. Le petit tas de feuille était retourné sur nos tables et j’ai vu par transparence « croissants ». J’ai eu un profond sentiment de soulagement en réalisant que j’avais évité la pâte à brioche qui est pour moi synonyme d’incertitude voire de catastrophe assurée surtout avec la chaleur qu’il faisait…

La partie écrite s’est bien passée. Elle touchait à des sujets que j’avais bien appris (ovoproduits, normes d’hygiène, des questions précises sur des matières premières telles que le beurre…).

Déroulement de l’épreuve pratique (EP1)

Se familiariser avec les lieux

Ensuite direction le labo. Le soulagement aura été de courte durée ! Chacun porte un numéro. J’étais « numéro 3 » pendant deux jours – nous n’avions pas d’autre identité que ce numéro. On nous a montré en deux minutes où se trouvait les outils dont on pourrait avoir besoin :

  • Chacun avait une série de culs de poule, deux casseroles, un tamis… à un endroit spécifique.
  • L’emplacement de deux types de four (avec lesquels je n’avais jamais eu l’occasion de travailler)
  • Une cellule de refroidissement (hyper utile pour faire refroidir en quelques minutes des préparations, mais le risque – en cas d’oubli – est que la préparation congèle… C’est arrivé à une candidate, et il faut alors tout recommencer).
  • La chambre de pousse (matériel de compétition qui permet de faire pousser les viennoiseries, brioches… à une température spécifique – à la maison j’utilisais un four éteint avec une casserole d’eau bouillante et la température était généralement trop chaude ou trop froide et la méthode « pifomètre » n’allait généralement pas…).

Bref, tout le matériel était là, il n’y avait plus qu’à les utiliser. Mais je dois admettre que j’ai toujours du mal à retenir l’information quand elle est donnée à l’accéléré. C’était comme dans les séries américaines qui touchent au domaine médical ; quand ils sont trois à marcher rapidement avec un débit de parole anormal – histoire de savoir ce qu’ils vont faire sur leur patient admis en urgence – et le tout dans un couloir étroit et en VO. Un sentiment que ca va un peu trop vite pour tout capter. Cette-fois mon cerveau aura été coopératif et hyper réceptif…

A vos marques, prêts, pâtissez !

Une fois la visite express finie, chacun s’attèle à son emplacement.


Go ! Go ! Go !

Nous étions trois par plan de travail.

Après avoir soigneusement lavé mes mains, j’ai désinfecté tout le matériel dont j’allais avoir besoin. Puis j’ai tout mis sur une plaque de cuisson car il fallait éviter de trop s’étaler. L’organisation et la propreté sont évidemment cruciales.

Il y avait une « zone de pesées ». Un des chefs nous a demandé de ne pas peser les ingrédients sur notre plan de travail mais de rester dans la zone dédiée. J’étais située à l’opposé de cette zone et au départ j’ai fait un nombre incalculable de pas entre les ingrédients et mon plan de travail avec ma balance à la main. Les chefs étaient tout le temps dans le passage à discuter. Il fallait se faufiler (et rester aimable… un vrai défi ! ^^)

« Don’t panic…»

Au bout d’un moment, j’ai commencé à paniquer. Je cherchais une horloge et je n’en ai pas vu. À ce moment-là, j’ai entendu un chef répondre à un candidat : « Tout ce que je peux vous dire, c’est que ça va passer vite. Très vite ». Ca m’a stressé. L’ ambiance était d’ailleurs très tendue, c’était vraiment palpable. Nous étions tous silencieux et j’ai eu la mauvaise idée de regarder le visage de certains ; ils étaient très fermés et de toute évidence stressés.

“Tout ce que je peux vous dire, c’est que ça va passer vite. Très vite.”

Je continuais à faire mes pesées tout en me disant intérieurement : « ce n’est pas possible de s’organiser sans horloge ! Ce n’est pas possible !!! » . Je vais donc (en panique) voir un des examinateurs en lui demandant l’heure qu’il est et combien de temps il nous reste ? ». Il a pointé l’horloge du doigt, qui se trouvait juste au-dessus de la porte d’entrée – un emplacement logique, je ne sais pas comment j’avais pu la louper… – et il m’a dit que l’épreuve avait commencé depuis 30 minutes et qu’il restait donc 4H20 minutes. Ça m’a profondément rassuré, j’avais l’impression d’y être depuis 1H30. J’étais à ce moment-là totalement dans les temps.

Un cerveau “en mode survie”

L’épreuve s’est déroulée de façon relativement fluide. À un moment donné, pour une raison encore inconnue à ce jour, j’ai eu la voix d’Obélix en tête, qui chantait de façon guillerette « tralalalalèèère… », suivi par des instruments à vent… j’étais alors en train d’étaler avec mon rouleau la pâte levée feuilletée pour mes croissants… le tout de façon très énergique…

Suis-je la seule à avoir systématiquement droit à des musiques d’enfance qui resurgissent en période d’examen ? Mon cerveau me fait souvent le coup… Des musiques improbables et très enfouies depuis des années remontent à la surface quand il est en mode « survie » ! Bref, Obélix m’a accompagné pendant mon CAP… je ne suis pas sure de la signification. Heureusement ce n’était pas celle du « Pudding à l’arsenic »…

Obélix chantait cet air-là…

Les difficultés rencontrées

Un des problèmes que j’ai rencontré est que j’avais suivi les quantités indiquées dans la fiche technique de l’examen pour réaliser un crémeux au citron et qu’il me manquait pile la dose pour remplir une tartelette. J’étais tellement à fond, que je n’ai même pas pris le temps de paniquer – ce qui est une bonne chose… J’en ai donc préparé à nouveau illico – Miraculeusement il me restait assez de temps…

Des cookies “à l’américaine”

Ce que j’ai le plus raté le premier jour, ce sont mes cookies. Ils étaient les sosies de ceux que l’on trouve dans les boites en plastique des supermarchés américains ! Très moches. Pendant l’oral, qui s’est déroulé face à deux membres du jury, j’étais anormalement dans mon élément. Sans doute le contrecoup du stress… et l’adrénaline.

J’ai répondu à toutes leurs questions tout en étant anormalement détendue, avec enthousiasme et un peu d’ironie sur mon travail. Quand il a fallu aborder les cookies, j’ai dit qu’ils étaient « à l’américaine »… ça m’a fait sourire, mais les deux personnes face à moi n’ont pas ri du tout…

Une production globalement correcte

En revanche, j’étais satisfaite de ma quiche lorraine qui aurait pu être un gros « fail ». La crème peut facilement fuir dans le four… pas cette fois ! (Idem : c’est arrivé à un candidat) Mes tartelettes étaient correctes. Mes croissants étaient plutôt satisfaisants mais manquaient un peu de régularité.

Je pensais qu’ils allaient couper ces productions et les goûter pour juger mais pas du tout ! Ils n’ont rien gouté ! Je leur ai demandé s’ils pouvaient couper un croissant pour voir s’il y avait de belles alvéoles dedans grâce à la chambre de fermentation. Ils m’ont répondu qu’ils ne l’avaient pas fait avec les autres candidats et que « dans un souci d’équité il ne fallait pas le faire ». Ça restera donc un mystère.

Le deuxième jour d’épreuve pratique (EP2)

J’étais une nouvelle fois contente du sujet car il ne s’agissait pas d’une forêt noire – qui prend énormément de temps. Cette fois j’avais mes marques quant aux emplacements et heureusement car le temps passe extrêmement vite pour cette épreuve !

Mon fraisier était beau. La crème bien lisse, la génoise moelleuse, l’écriture dessus légerement tremblotante mais correcte.

Travailler sous le regard du jury

Pour monter l’entremet, j’ai dû partager mes fraises avec quelqu’un situé à l’opposé – c’était très pratique… Il me manquait des fraises pour garnir l’intérieur. Je suis allée en chercher, puis la recette veut qu’on ajoute un peu de crème et qu’on mette un disque de génoise. Pour je ne sais plus quelle raison, j’ai quitté quelques secondes mon plan de travail et en revenant j’ai surpris un examinateur qui était en train de soulever mon disque de génoise pour voir si j’avais bien respecté les étapes ! Après son coup d’œil, il a ré-appuyé avec ses doigts sur la génoise en mode « ni vu, ni connu ».

Savoir reconnaître la “qualité” de son travail

Mes chouquettes étaient un peu petites mais toutes belles et régulières. Elles n’ont même jamais étaient aussi rondes et lisses. Par contre mes religieuses n’ont jamais été aussi moches. Les choux se sont développés de façon très disgracieuse. Elles étaient petites et biscornues. Le comble, c’est qu’en général mes choux sont corrects mais le fondant que l’on ajoute pour le décor est toujours trop terne ou trop fluide. Là, il scintillait ! Comme une provocation. Il brillait sur un chou hideux ! Je ne sais pas si c’est du fait du parfum à la framboise et donc de la coloration rose de ces religieuses mais elles avaient un aspect pathétique. On aurait dit une blague.

Le sens de la camaraderie…

Mon voisin (hors norme) s’est permis, au moment où j’avais fini de garnir mes religieuses de glisser son doigt dans ma cuve de crème diplomate. Après avoir pris soin d’y goûter, il m’a dit « tu peux me la laisser ? ». J’ai dû le regarder avec un regard assassin… et j’ai répondu « non, je vais en avoir besoin ». C’était vrai, je pensais l’utiliser en déco sur mon fraisier. Mais j’ai trouvé ça assez culoté comme méthode. C’était open bar… D’autant que je n’ai moi-même rien gouté ! Et surtout pas avec les doigts…

« Il vous reste 5 minutes ! » : Où est Mercotte ?

« Le Meilleur Pâtissier » n’est clairement pas mon émission préférée (je suis plutôt “Nus et culottés” ^^enfin sans vouloir pour autant vivre l’expérience des deux comparses…). Cet esprit de compétition et cette course contre la montre ne m’intéressent pas. Et un examinateur a bien prononcé cette phrase à 5 minutes de la fin ! J’étais en train de glacer mes religieuses en me disant « c’est la cata, c’est la cata, c’est la ? Catastrophe ! »… Heureusement personne n’était en plus en train de filmer à côté ce carnage… #lahonte !

Je n’ai pas eu le temps de mettre les flammes de crème au beurre dessus (ce n’était pas hyper grave puisque cette crème avait déjà été fabriquée par le centre) ni de tempérer du chocolat. Par contre j’ai réussi à renverser mes religieuses dans mon frigo en loupant le coche du rail… ca n’a pas changé grand-chose à leur fière allure…

Argumenter : tout un art !

J’ai dû présenter ma production au jury. Le duo était moins sympathique que la veille. Il y avait notamment une femme en tenue civile qui avait l’air de se croire dans Top Chef. Elle était froide et impassible. Elle m’a demandé combien coûterait ces productions (une question assez bancale car le prix dépend de divers critères et on le voit bien, c’est très variable d’une ville à l’autre…). Étant objective, j’ai dit “en temps normal cela coûterait...” sous entendu « j’ai bien conscience que ces religieuses ont un léger problème »…

Les religieuses étant trop petites, on m’a demandé si j’avais dû jeter de la pâte à choux… le gâchis est sanctionné – ce qui est normal – j’ai alors retrouvé mes bons reflexes acquis lors de mes précédentes expériences et j’ai transformé, tel un politicien, la réalité en ma faveur… Et donc, je n’ai fait que “retirer l’excédent“…

Allo Houston ? Est-ce que vous me recevez ?

Une autre question portait sur la technique de tempérage du chocolat blanc par tablage. Selon le chocolat il y a des températures différentes à respecter, et ce à trois moments dans la méthode. J’ai eu besoin de quelques secondes de réflexions. Il y avait un décalage comme si j’attendais la réponse dans une oreillette avec quelqu’un qui se trouverait aux antipodes… je ne sais pas pourquoi mais cette image a eu le temps de me venir à l’esprit alors que les deux personnes face à moi attendaient une réponse. Heureusement mes neurones ont fini par se connecter et j’ai retrouvé toutes les bonnes réponses.

À la fin de ce face à face assez désagréable, j’ai senti l’émotion monter. Et j’ai réussi à me retenir car ça aurait été assez gênant… J’ai juste dit « merci » et c’était fini.

Quand le terme « épreuve » prend tout son sens

Ayant fait des « études longues » j’ai longtemps été habituée aux partiels, aux révisions et aux présentations orales. Mais une épreuve pratique de 4H50 demande des efforts bien différents. Et il a fallu en enchainer deux ! C’est à la fois extrêmement physique : il faut rester debout, s’activer sans interruption, et solliciter son corps en permanence. On minimise l’aspect réflexion mais il faut aussi sans cesse penser à l’étape suivante, à ce qui est au four ou en refroidissement… il n’y a aucun temps mort ! À la fin de cette journée nous étions tous épuisés. Et après avoir tout donné, il a encore fallu tout nettoyer. Brosser, racler, ranger…

En rentrant chez moi j’étais fatiguée comme quelqu’un de jetlagué – complétement déconnectée. On en sort pas indemne.

Bref, le terme « épreuve » n’a jamais été autant justifié.

Comment gérer son stress ?

Si vous avez la réponse, cela m’intéresse ! Le stress m’a accompagné des semaines, voire même des mois avant l’épreuve. Il était évidemment présent le jour-j, puis les semaines qui ont suivi l’attente des résultats. Je n’ai jamais autant stressé sur une si longue durée.

Comment rester zen ?!

Certaines pratiques m’ont aidé à le réduire. Je me suis mise au yoga, à l’homéopathie et à la méditation avec Petit Bambou, mais c’est surtout la « cohérence cardiaque » (merci Delphine !) qui a fonctionné. Il s’agit d’exercices respiratoires. Apparemment 5 minutes de pratique suffisent  pour se calmer pendant 3H ! Quand j’ai su ça, j’ai immédiatement testé et c’est vrai qu’on ressent ensuite un certain calme. Avant chaque CAP blanc, je me posais 5 minutes pour faire cela et ensuite j’avais les idées claires ! Pour le CAP je l’ai aussi fait mais l’épreuve dure plus de 3H et vue la situation j’aurais eu besoin de quelque chose de bien plus fort.

Toucher ses limites

Pour conclure, je dirais que j’ai absolument tout donné cette année. Le jour-J j’étais au maximum de mes capacités. Pour une fois, je n’avais aucun regrets ou remords quant à ce que j’avais fait lors des examens. Pourtant, tout n’était pas parfait, loin de là, mais j’ai eu pour la première fois le sentiment que ne pouvais pas mieux faire. C’était mon maximum.

Je trouve incroyable que les filières courtes, professionnelles soient si peu valorisées dans notre pays. On y apprend pourtant un métier, un artisanat et cela peut être passionnant et épanouissant. On ne finit jamais de découvrir, de comprendre, d’apprendre, de se perfectionner… et quand ce que l’on a produit est réussi, c’est en plus source de plaisir pour ceux qui y goutent ! Quelle satisfaction !!

Il s’agissait d’un défi personnel. L’enjeu était pour moi de taille.

Aujourd'hui je peux vous confier, avec une certaine fierté, que je suis diplômée d'un CAP Pâtissier !! 
Photo @Maxime Bernadin made with love in Normandy

Quel soulagement… Je redoutais d’être comme nos athlètes français surentrainés, qui le jour-J se ratatinent ! Et bien non ! ^^

Un immense merci à : Ma famille, Benoit, Fatou et sa maman, Anaïs, Célia et Rogerio, Aurélia et Florian, Eliette, Dipa, Albane et Christele, Mai, Séverine, Delphine et Chrystèle, Daniele et Henri, Hélène, les Julie, Sabrina, Alexia, Jean-Baptiste et Olivier, Lydie, Manu, Audrey, Marine, Yvon, M.Cortinovis, Myriam, François et à la communauté Youschool. Vous m’avez tous porté dans ce projet et contribué à cette réussite. Vos encouragements et vos critiques constructives étaient essentielles. MERCI !!

A présent une nouvelle aventure peut commencer…

Le gâteau pour mes 1 an #happiness…

Une question ? Un commentaire ? Ca se passe un peu plus bas 🙂

16 Commentaires

  • Laurence
    27 août 2021 at 21 h 53 min

    Toutes mes félicitations pour votre parcours Clémence que j’avais suivi sur la plateforme Youschool 2020/2021.
    Je vous souhaite une jolie reconversion car vous êtes douée !
    Je ne sais pas encore si je pourrais retenter l’expérience… car comme vous l’avez très bien écrit et décrit, l’examen final peut-être bien déstabilisant. Alors que l’on a travaillé et pâtissé de long mois tout peut basculer très vite malheureusement… Je me réjouis de votre réussite et bonne continuation.

    Reply
    • Clémence
      29 août 2021 at 17 h 26 min

      Bonsoir Laurence,

      Merci pour votre lecture et pour vos gentils mots.

      Tellement de choses entrent en compte le jour-J… et des facteurs qui, pour certains, ne dépendent pas de nous. Vous le méritiez tout autant ce diplôme. Je vous retourne le compliment : vous êtes douée.

      C’est une vraie épreuve et au moins à présent vous savez ce qui vous attend. Peut être que cela est quelque part moins stressant… avec le contexte nous n’avons pas eu de CAP blanc mais cela nous aurait aussi aidé de devoir au moins une fois faire ces épreuves en conditions réelles.

      Je vous souhaite de ne pas baisser les bras ; de vous laisser le temps d’y réfléchir. Puis si vous en avez envie de tenter de nouveau ce défi et de le relever ! Bon courage pour la suite 🙂

      Reply
  • Quentin
    27 août 2021 at 10 h 55 min

    Félicitations pour ce très beau parcours et pour votre réussite au CAP pâtissier!
    Je suis content de votre réussite avec Youschool.
    J’espère que nous avons pu vous accompagner au mieux durant votre formation.
    Vous avez beaucoup travaillé et vous n’avez pas démérité ce diplôme.

    Merci pour ce très bel article !
    Encore bravo pour cette belle réussite

    Chef Quentin de Youschool

    Reply
    • Clémence
      27 août 2021 at 14 h 48 min

      Bonjour Chef Quentin,

      Merci beaucoup pour votre lecture et votre commentaire !

      Oui je suis heureuse d’avoir fait cette reconversion via Youschool. La bienveillance, les conseils et la réactivité de votre équipe m’ont aidé tout au long de la formation.

      Encore merci à tous ! 🙂

      Reply
  • Alain
    24 août 2021 at 19 h 41 min

    Bravo Clémence, encore un texte aussi intéressant qu’appétissant. Tous les pâtissiers ne possèdent pas un tel talent d’écriture. Mais rassure-moi : tu n’as pas mis de fromage dans ta quiche Lorraine, j’espère ! ;).

    A bientôt.

    Reply
    • Clémence
      24 août 2021 at 20 h 38 min

      Merci beaucoup Alain !! Tu l’auras compris, la pâtisserie et l’écriture sont deux vrais plaisirs pour moi et ton compliment me touche une nouvelle fois. 🙂
      Pour la quiche Lorraine je risque de te décevoir… j’ai suivi la recette que j’avais et l’emmental était parmi les ingrédients – oups !! Je viens de découvrir qu’il n’y en avait pas dans la version traditionnelle. Heureusement ça n’a pas choqué le jury. Ca aurait pu me coûter cher cette histoire ! ^^

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  • Aline
    2 août 2021 at 15 h 30 min

    Félicitations !
    Je suis également à youschool et passe le CAP l’année prochaine. On se pose tellement de question sur ” comment ça se passe le jour J ?”. C’est très enrichissant et encourageant de lire un tel témoignage.
    Encore bravo et bonne chance dans votre nouvelle aventure.

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    • Clémence
      2 août 2021 at 16 h 19 min

      Merci Aline pour votre retour et votre lecture !
      Je suis heureuse que cet article vous permette de visualiser davantage comment se déroule le jour-J. N’hésitez pas si vous avez des questions, vous pouvez me les poser ici ou via Youschool ! 🙂 Bon courage dans votre projet ; c’est intense comme aventure et un sacré défi personnel mais ensuite quelle satisfaction !
      Encore merci !

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  • Christèle
    31 juillet 2021 at 8 h 12 min

    Très beau témoignage sincère et rempli d’émotions. J’ai ressenti le stress de l’examen et telle une marathonienne exténuée ravie d’atteindre avec toi la fin heureuse de ce parcours du combattant … je n’avais pas tes exercices pour reprendre mon souffle…. Je salue surtout ta ténacité et ton grand courage sur cette reconversion professionnelle avec toutes les embûches dans cette période de crise sanitaire, il a fallu remplir les exigences contrariées de la formation tout en te « nourrissant » parallèlement pour atteindre l’objectif. Bravo ma Clemence je suis trop fière de toi ! Ta passion et ton talent vont te guider maintenant dans la réalisation de tes rêves . Aucun doute ! N’oublie jamais que tu es une vraie artiste je reste aussi admirative pour ton goût de l’esthétisme qui sublime toutes tes créations. La force est en toi ma petite fée pâtissière .
    Mille bises .

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    • Clémence
      31 juillet 2021 at 13 h 19 min

      Merci infiniment Christèle pour ce joli mot. Difficile de répondre après autant de compliments… merci d’avoir toujours été un vrai soutien et de m’avoir porté depuis tant d’années maintenant dans mes différents projets. L’amitié et l’amour de votre famille est inestimable… Gros bisous à tous

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  • Elisa
    30 juillet 2021 at 6 h 28 min

    Félicitations Clémence, c’est une belle réussite ! Je me souviens de ces réflexions autour d’un salon de thé et de la pâtisserie lors des trajets en RER. Je te souhaite de continuer à t’enrichir et t’épanouïr dans cette nouvelle activité ! Au plaisir !

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    • Clémence
      30 juillet 2021 at 8 h 30 min

      Merci beaucoup Elisa !
      Oui c’est vrai qu’on en discutait ! Ça devait permettre de s’évader un peu des joies du RER ^^. Je suis contente que tu t’en souviennes. 🙂 Merci beaucoup pour ton message. J’espère que tout va bien de ton côté !

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  • Rokia
    29 juillet 2021 at 17 h 57 min

    Félicitations Clémence !
    Je me souviens encore des macarons que tu avais emmenés lors d’un cours à Paris 3.

    Je suis contente que tu aies fini par suivre ta passion.

    Je te souhaite une belle réussite !

    Rokia

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    • Clémence
      29 juillet 2021 at 19 h 16 min

      Rokia !! Incroyable !! 🙂 Merci beaucoup !
      Tu te souviens de ces macarons hahaha… Ce changement de voix me trottait déjà bien en tête à cette époque-là ^^. Merci pour ton message – qui me fait très plaisir. Je te souhaite aussi de réussir tes projets (en espérant qu’ils soient plus en adéquation avec nos études que les miens hahaha…)

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  • Anaïs
    25 juillet 2021 at 12 h 59 min

    Bravo Clémence tu as pu réaliser ton rêve

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    • Clémence
      25 juillet 2021 at 13 h 28 min

      Merci Anaïs ! Et tu m’y as fortement encouragé depuis des années… merci d’y avoir cru et de continuer à me soutenir dans la suite de cette nouvelle aventure ! 🙂

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